Le 4 mai dernier, la première épicerie française anti-gaspillage ouvrait ses portes à Melesse, près de Rennes. Le but : aider les producteurs locaux, faire économiser les consommateurs et sensibiliser à la cause. Une initiative destinée à faire des petits.

Dans les rayons, les produits s’accumulent : tomates à la forme atypique, yaourts à la pièce, pamplemousses violets, jambon découpé de travers et bières au packaging passé. Le tout de qualité, et prêt à être consommé. Bienvenue chez NOUS, premier magasin anti-gaspillage français.
Une idée née il y a 18 mois sous l’impulsion de Charles Lottmann et Vincent Justin. Le premier, ancien de la finance, sorti de l’ESSEC et passé par un fonds d’investissement, se lasse rapidement de cette vie. En 2016, il plaque tout avec l’intention de développer une activité plus en ligne avec ses valeurs, et “ avec la volonté d’avoir un impact positif sur l’environnement ”. La rencontre avec le second, entrepreneur, fera le reste. À eux deux, ils ont l’idée d’ouvrir un magasin entièrement dédié aux invendus, afin de réduire le gaspillage alimentaire. Sans hésitation, le duo se forme.

Près de 2 400 euros d’économies par an et par famille

Pendant un an et demi, les deux compères vont aller à la rencontre de centaines de producteurs et fabricants. Le fonctionnement est simple : en achetant les produits refusés par la grande distribution – en raison de leur taille, forme ou couleur – à un prix inférieur de 30 % par rapport au prix initial, NOUS fait économiser 30 % au consommateur (ou “ consom’acteur ”, comme disent les fondateurs). Soit, selon les estimations, environ 200 euros par mois et 2 400 euros par an en moyenne pour une famille de quatre personnes. Un système gagnant-gagnant, qui prouve qu’il n’est pas nécessaire de se ruiner pour déguster des produits de bonne qualité, sur le plan gustatif comme sur le plan nutritionnel. Charles détaille: “ Nous avons même des maraîchers, un producteur de fromage de chèvre, un producteur d’œufs bio et un producteur de viande.” Avant d’ajouter : “ Prenons un exemple concret : les milliers de bouteilles de bière Heineken qui vont être produites avec les drapeaux des différents pays en lice pour la Coupe du monde. Après le dernier match, elles seront refusées par les grandes enseignes. C’est là que l’on intervient, pour les récupérer !

Quant au lieu, la commune de Melesse – zone zéro déchet située à dix kilomètres au nord de Rennes – s’est imposée comme une évidence : “ La Bretagne est la première région de l’industrie agroalimentaire en France, ça nous paraissait logique d’être au cœur de l’action. Tout d’abord pour faire du circuit court et travailler directement avec les producteurs. Puis pour des motifs socio-économiques, car la population bretonne est extrêmement sensibilisée aux enjeux du développement alimentaire.” Loin des rayons froids et sinistres des hypermarchés, le lieu est convivial et chaleureux. “ On a voulu se démarquer en créant un lieu en ligne avec nos valeurs, un espace à taille humaine, argumente Charles Lottmann. Le tout aménagé avec des matériaux issus d’une filière durable et française. Par exemple, notre meuble de caisse a été fabriqué avec du carton recyclé.” Au-delà de ces aménagements, le magasin se veut un espace d’échange et de sensibilisation. “ En plus de la proximité avec les équipes sur place, on a créé tout un système d’affichage dans les rayons et à la caisse, pour informer les clients sur l’origine de chaque produit, expliquer pourquoi il a été refusé et pourquoi il est parfaitement bon à consommer. Et puis, on a des fiches recettes, des fiches anti-gaspi…”.

Une initiative loin d’être isolée. Car la France est le berceau de nombreux projets ayant pour but de lutter contre le gaspillage. À l’instar du premier frigo solidaire installé dans la ville de Bordeaux en mai dernier, des confitures Re-Belle –société qui transforme les fruits refusés en délicieuses confitures maison –, de l’action du centre hospitalier du Mans, qui organise une redistribution aux réfugiés des repas non servis dans la journée, ou encore de Too Good to Go, une application qui met en relation les consommateurs avec les commerçants de leur quartier pour leur permettre d’aller sauver leurs invendus en fin de journée. La fin du gaspillage pourrait d’ailleurs, selon Guillaume Garot, ancien ministre délégué à l’Agroalimentaire à l’origine de la loi contre le gaspillage alimentaire votée en 2016, booster l’économie française : “ Ce qui est gaspillé est évalué à seize milliards d’euros par an en France, soit plus de 200 euros par personne. Si cet argent était réinvesti dans l’économie réelle, et dans des productions de meilleure qualité, cela serait un soutien aux productions françaises.” En attendant, les magasins NOUS comptent bien continuer à se développer : “ On a pour ambition d’ouvrir des boutiques un peu partout en France, pour proposer une solution locale aux petits producteurs. Dans un second temps, on aimerait ouvrir des magasins en centre-ville, à Paris par exemple. ” 

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