Exit le consommateur passif du siècle dernier, soumis aux règles des marques et des fabricants. Exit le pouvoir d’achat, commué en pouvoir de choix et de décision. La consommation collaborative et ses vertus de partage ont singulièrement changé les règles et les enjeux. 

L’âge de la surconsommation s’achève avec l’avènement de l’économie collaborative et de son pendant : le shopping collaboratif. Les adeptes de plus en plus nombreux de sites d’échange ou de revente ont intégré le principe du consommateur « propriétaire temporaire de ses biens » et d’une seconde vie possible pour un grand nombre de produits de consommation. Dans sa vision du 3e âge, Jeremy Rifkin, l’essayiste prospectif qui murmure à l’oreille des puissants, avait anticipé la fin de la propriété et combien la révolution digitale accélérerait ce bouleversement sociétal... Nous y voilà.   

Nouvelles consommations

Cette fin de la propriété voit aussi l’émergence d’une nouvelle grammaire sociale qui s’accorde davantage à l’humain. Au-delà de la simple revente de biens d’occasion, elle grandit sur des fondements éthiques qui dans le secteur agroalimentaire prennent fait et cause pour les petits producteurs (via le principe de coopératives digitales comme mon-producteur.com), dans la santé militent pour l’accès libre aux publications scientifiques afin d’aider la recherche (le projet cOALition S), dans la culture tendent à la rendre expérience collective via des projets hybrides comme Tonbooktoo.

Livres en partage

Valentine Dubot et Arnaud Poissonnier, les fondateurs de Tonbooktoo, ont imaginé une plateforme de partage qui combine achat, vente, prêt et don de livres. Il suffit pour cela de constituer sa propre bibliothèque digitale en scannant les couvertures des ouvrages mis à disposition sur l’application. Chaque utilisateur peut alors se mettre en relation avec d’autres bibliothèques en fonction de critères géographiques ou affinitaires. Côté pile, donc, du commerce collaboratif qui facilite la circulation de l’objet. Côté face, Tonbooktoo propose un modèle économique non pas transactionnel mais forfaitaire. La plateforme s’est inspirée des bibliothèques municipales et propose une participation modique (19 euros par an) pour un accès illimité. Forts de ce succès, les créateurs projettent de proposer leur solution aux communes désertées par la culture afin de recréer du lien via le livre. « Un village qui n’a pas les moyens de créer sa bibliothèque pourrait ainsi offrir un abonnement Tonbooktoo à ses habitants », précisent-ils. Finalité éthique, les utilisateurs peuvent s’ils le souhaitent reverser tout ou partie de leurs bénéfices à des ONG œuvrant autour du livre. Un nouveau chapitre de la vertu collaborative qui s’ouvre.