Chaque année, des centaines de meubles sont laissés sur le trottoir lors de déménagements. La plupart du temps par faute de preneur. Bonne nouvelle: il existe désormais des solutions.

C’est la fiche technique du véhicule qui le dit: le coffre de la Citroën C3 a une capacité de 300 litres. Suffisant pour y mettre ses courses ou quelques valises. Moins quand il s’agit d’y tasser “30 mètres carrés d’affaires et de meubles”. En cette année 2015, au moment de quitter Paris pour Lisbonne, Manon Le Padellec en fait l’amère découverte. Elle calcule : il y a la place pour la vaisselle, la décoration, le linge et le chat. Les meubles IKEA, en revanche, c’est “niet”. Elle se décide donc à tout vendre, et commence par créer un Tumblr dans lequel elle publie des photos de tous ses meubles, et liste leur prix. Puis elle organise une journée portes ouvertes chez elle. Résultat des courses : 50% de ce qu’elle propose se vend. Le reste, en revanche, finit sur le bitume. Aïe. “Laisser un canapé neuf sur le trottoir fait toujours mal au cœur”, dit-elle aujourd’hui.
À son arrivée au Portugal, la jeune femme se dit qu’il doit y avoir quelque chose à faire. “Il y a plein de gens qui déménagent et emménagent tous les jours, mais il n’y avait aucune plateforme pour faire la connexion”, explique-t-elle. Manon fouine un peu sur Internet. Elle découvre que seulement 30 % des meubles d’occasion sont vendus, ce qui signifie que 70 % ne trouvent pas preneurs. Mieux, elle se rend compte que chaque année, trois millions de Français déménagent. Suffisant donc pour la pousser il y a un peu moins d’un an à créer, avec une amie, Cécile Taillard, Les Cartons, une plateforme collaborative qui ambitionne de faire la passerelle entre les arrivants et les partants.

70 000 visiteurs et 400 appartements

Le fonctionnement est simple : la personne qui déménage prend des photos de son intérieur et étiquette ce qu’elle vend sur le site. Le visiteur n’a ensuite plus qu’à se rendre chez le vendeur pour acheter ou non le meuble. “On préfère mettre des photos des pièces avec les meubles et non seulement du mobilier que l’on vend, ça a l’avantage de les montrer dans leur contexte et évite à l’acheteur de faire défiler des centaines de photos une par une”, décrypte Manon. Le meuble acheté est ensuite livré chez l’acquéreur dans la journée.

“Il y a plein de gens qui déménagent et emménagent tous les jours, mais il n’y avait aucune plateforme pour faire la connexion” Manon Le Padellec, cofondatrice des Cartons


Aujourd’hui, la plateforme compte plus de 2 000 inscrits, 70 000 visiteurs annuels et avoisine les 400 appartements vidés grâce à elle. Un succès, donc, surtout pour un site destiné à l’origine aux étudiants. “Ce sont eux qui déménagent le plus, dit Manon. Par exemple, à nous deux, Céline et moi avons déménagé 17 fois durant nos études. En cinq ans, cela fait beaucoup. Puis on s’est vite rendu compte que cela dépassait ce cercle. Les expatriés ont commencé à s’y intéresser, puis les parents dont les enfants grandissaient et qui devaient changer le mobilier. Et c’est moins joyeux, mais les familles qui venaient de perdre un proche se sont aussi mises à vendre le mobilier de la personne décédée sur notre plateforme.”

Manon aime parler des trois aspects que met en avant Les Cartons : la réutilisation, l’humain et les économies.
“On évite que les gens achètent des meubles neufs alors que certains sont vendus d’occasion juste à côté de chez eux, reprend-elle. En plus, on met des personnes en relation et on leur permet de se meubler à moindre frais.” D’abord lancée à Toulouse, puis Paris, la plateforme est disponible dans toute la France depuis janvier. Et pour ce qui est de l’international ? “On va y aller étape par étape et se diriger vers des zones francophones en Europe, puis pourquoi pas au Canada, explique-t-elle. Là-bas, il y a déjà une journée où tout le monde met ses affaires sur le trottoir, ils sont habitués à cette pratique.” Elle avance qu’en France, ce genre d’initiative commence aussi à faire son chemin. Et dans le fond, à l’écouter, il n’y aurait rien d’illogique à cela. “Sur les objets de seconde main les plus vendus, en premier, il y a les livres, puis les meubles, et enfin les vêtements, note-t-elle. En France, il existe des librairies d’occasion, les vêtements ont leurs ‘vide-dressing’, mais les meubles n’avaient toujours pas leurs ‘vide-apparts’.” C’est désormais chose faite.

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