Pour découvrir une planète, lutter contre une maladie ou surveiller le climat, la recherche scientifique a besoin de simples citoyens, curieux et motivés. Tour d’horizon des initiatives liées aux “sciences participatives”. 

Chez BioLit, chaque mission comporte son nom de code. Avant “Chlorophylle-mania” et “Les saisons de la mer”, il y eut “Algues brunes et bigorneaux”, première action mise en place par ce programme français de science participative. Objectif de l’opération : mieux comprendre comment cohabitent algues brunes et bigorneaux le long des côtes rocheuses de l’Atlantique, de la Manche et de la mer du Nord. “ Certaines algues brunes qui peuplent ces ceintures avaient tendance à disparaître ou régresser, sans que l’on comprenne pourquoi... On s’est demandé : qu’est-ce qui se passe ? Est-ce que c’est un phénomène normal ? Local ? Est-ce lié à la population de gastéropodes, c’est-à-dire de bigorneaux associés aux algues ? Est-ce qu’il y a un changement dans l’écosystème ? ” rejoue Laurent Debas, directeur de l’association Planète Mer, à l’origine du programme BioLit (contraction de “biodiversité” et de “littoral”). Pour répondre à ces interrogations, des citoyens volontaires et bénévoles sont appelés à inspecter le littoral rocheux, prendre en photo les coquillages accrochés aux algues et consigner toutes les informations recueillies sur une plateforme en ligne. Si Laurent Debas confie aujourd’hui ne pas avoir trouvé toutes les réponses à ses questions, il se félicite d’avoir réussi à montrer que la démarche, poursuivie par des néophytes, “ tenait la route scientifiquement ”.

“ En quelques mois, des bénévoles ont accompli un travail qui aurait demandé plusieurs années à un chercheur ” Marc Fournier, cofondateur de La Paillasse

Solliciter le quidam pour faire avancer la recherche et faire l’alliance entre le scientifique et le citoyen, voilà tout le défi des sciences participatives. “ Nous avons 5 800 kilomètres de côtes en France métropolitaine. Avec les DOM-TOM, presque 20 000 kilomètres... Impossible à couvrir avec seulement des scientifiques. Se dire que l’on pouvait mettre des dizaines –voire des centaines– de milliers d’observateurs du littoral pour renseigner la science, cela nous a séduits ”, reprend Laurent Debas. D’autres initiatives du même genre existent en France. En premier lieu, le vaste réseau Vigie Nature, dont l’action a permis, en 2018, de confirmer qu’une nouvelle espèce de chauve-souris peuplait le bois de Vincennes, à Paris. Même engouement à travers le monde, où des projets similaires ne cessent de voir le jour. En Tanzanie, le Rungwe Environmental Science Observatory Network propose ainsi aux habitants des campagnes des outils pour faire des relevés environnementaux afin de poursuivre la veille climatique autour du mont Rungwe. Même la NASA s’est prise au jeu : en début d’année dernière, l’agence spatiale américaine a proposé aux astronomes amateurs d’analyser des images issues de l’un de ses télescopes, dans l’espoir de débusquer la mystérieuse neuvième planète du système solaire, en orbite au-delà de Neptune. Quelques jours après le lancement du portail, première trouvaille : quatre internautes découvraient une “naine brune”, sorte d’étoile avortée, et se retrouvaient à cosigner une publication scientifique.

The people vs cancer

Au cœur de Paris, de jeunes scientifiques sont réunis à La Paillasse, un laboratoire prônant la science “ open source ”, où les données ouvertes circulent et sont accessibles à tous, chercheurs ou simples curieux. Depuis trois ans, le programme de recherche Epidemium a été lancé par un consortium de partenaires, dans lequel figure ce “ bio-hackerspace ” mais aussi le laboratoire Roche, le Club Jade et d'autres acteurs innovants et traditionnels de la recherche académique. Le projet a pour vocation de mieux comprendre l'épidémiologie des cancers grâce au big data, à l’aide de citoyens et de structures motivés, encadré par un comité scientifique et éthique indépendant réunissant des profils transdisciplinaires et de haut niveau. " Ce sont des sciences participatives, en ce sens où notre programme est totalement ouvert et inclusif : il comprend des gens de l'univers de la santé, de la data science, mais aussi de l'univers de l'informatique, des patients, des gens intéressés ou passionnés par le sujet ", explique Olivier de Fresnoye, coordinateur du projet. “ L’une de nos équipes, par exemple, a embarqué une quarantaine de personnes pour aller " nettoyer de la donnée ", poursuit Marc Fournier, co-fondateur de La Paillasse. En quelques mois, ils ont accompli un travail qui aurait potentiellement pu être fait en plusieurs années par un chercheur.” Pour centraliser les avancées, la communauté dispose d’un “ wiki ” en accès libre, sur lequel trône en page d’accueil le mantra du médecin-entrepreneur américain Jordan Shlain : “ La santé est une activité humaine qui a besoin de technologie et non une activité technologique qui a besoin d’humains.” Manière de dire qu’au delà de jouer les petites mains, les scientifiques amateurs peuvent apporter une aide décisive à la recherche.

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