Tout a changé dans notre relation à l'argent. Les moyens de paiement ont évolué, les crises nous ont mis en alerte. Nos comportements s'en ressentent et évoluent aux aussi. Portrait d'un univers en mutation.

Michel, sociétaire à Lyon, garde un souvenir joyeux de son enfance. Les jours de paie, il revoit son père faisant ruisseler les billets constituant son salaire. Jusqu’en 1970, beaucoup de salariés étaient payés en espèces et vivaient sans domiciliation bancaire. Aujourd’hui, la plupart des Français détiennent un ou plusieurs comptes. Par confort autant que par obligation. En ville, l’architecture des établissements reflète cette démocratisation. Les « palais d’argent » du XIXe siècle décrits par Jean-François Pinchon, tout de marbre et colonnades, étaient par trop intimidants. Il faudra vingt ans (1863-1883) au Crédit lyonnais pour atteindre cent mille déposants. Tout change en 1967, quand la « course aux guichets » est lancée : dorures et moulures cèdent la place aux appliques et faux plafonds. Et un jour peut-être, avec le développement de la banque en ligne, il n’y aura plus d’agences du tout... Leur nombre commence déjà à baisser, du fait des distributeurs automatiques et des services en ligne, qui permettent de gérer ses comptes depuis un canapé. 


Le chèque, une exception française 


« Entre le début et la fin de mon exercice, la part des patients qui payaient en liquide est passée de 80 % à 20 % », témoigne ce médecin retraité. En France, 55 % des transactions sont encore réalisées en espèces. Pourtant, ce moyen de paiement est critiqué par les banques et les gouvernements, aux yeux desquels il est « encombrant, coûteux, dangereux et néfaste à l’environnement » (cf. Le Monde du 3 avril 2016). Nous continuons aussi d’émettre 70 % des chèques de l’Europe. En novembre 2016, une tentative de réduire à six mois leur durée de validité a échoué devant le Sénat. 

    

Environ 7 % des Français majeurs ont franchi le pas de la banque en ligne.  

Car, en dépit de son apparent archaïsme, il demeure un instrument de paiement apprécié des personnes à faibles revenus. « Je peux vous faire deux chèques ? » ou « Vous pourrez ne l’encaisser qu’à partir du 15 ? » sont des phrases familières aux oreilles des artisans et dirigeants de clubs sportifs. 


Dématérialiser la relation

 
Déjà, environ 7 % des Français de plus de 18 ans ont franchi le pas de la banque en ligne. Elle inaugure un nouveau type de relation : la gratuité des services – y compris carte bancaire – contre l’absence de guichets. Toutes les conversations se font à distance. Une offre attractive, puisque la carte bancaire, bien que payante, est le chouchou des moyens de paiement. En France, elle a été utilisée pour la moitié des achats en 2014, soit un total de 445 milliards d’euros. Grâce à elle, on peut retirer de l’argent et payer ses achats aux quatre coins du monde. Une pratique moins pittoresque que l’argent caché dans la doublure du manteau, mais beaucoup moins risquée ! La carte bancaire est déclinée de mille façons. Incrustée d’une pierre précieuse dans sa version la plus luxueuse, retirée en bureau de tabac dans sa version Nickel. Dans ce dernier cas, même plus besoin de compte en banque : une adresse mél suffit à l’activer. Une idée née pour servir les exclus du système bancaire, qui a finalement séduit toute une frange de la population salariée. 


Épargne : une situation inédite


Historiquement, c’est avec l’épargne qu’a commencé la relation entre la banque et les Français. Un univers complexe, capable d’engendrer des crises profondes quand la machine s’emballe. « Les taux de rendement sur les placements les moins risqués ont sensiblement baissé. C’est une situation inédite dans l’histoire moderne, à laquelle les épargnants doivent s’habituer, reconnaît Philippe Colas, directeur général adjoint de Parnasse-MAIF. Cela dit, l’assurance vie conserve un rendement supérieur à l’inflation et garde un avantage sur les livrets d’épargne classiques. » 
Félix, sociétaire dans le Calvados, fait justement remarquer que, pour s’orienter vers des placements plus risqués, « il faut un minimum de formation ». Une formation de haut niveau, qui plus est ! C’est pourquoi l’avenir est sans doute à la gestion pilotée de l’épargne. Une pratique réservée il y a peu aux plus gros patrimoines, et désormais accessible à tous. « C’est le choix de la confiance, précise Philippe Colas, car une fois que l’épargnant s’est positionné sur une échelle de risque, c’est nous qui prenons le relais ! » 


Made in France


Pour Jean-François Filliatre (lire son analyse ci-contre), l’affect est destiné à prendre une part grandissante dans les choix d’épargne. Les Français veulent savoir à quoi sert leur argent. À l’instar de Catherine, professeure des écoles à Sallanches (Haute-Savoie) et sociétaire de la Nef, une banque éthique : « La crise de 2008 a contribué à cette prise de conscience. Je ne veux pas que mon argent serve à financer des pratiques que je condamne au niveau social, environnemental, éthique en général. Je ne veux pas participer à la dictature des marchés, ni qu’avec mon argent une banque puisse mettre la pression sur un État. » Une attitude positive, qui explique le succès des plateformes de financement participatif comme Ulule – à laquelle la MAIF s’est associée – ou des fonds d’investissement de proximité (FIP). Ces derniers permettent de financer le développement des petites entreprises françaises, et ainsi de créer des emplois. C’est le cas du FIP Solidaire MAIF, qui ouvre droit à une réduction d’impôts. Face à une mondialisation pas toujours heureuse, la promesse d’emplois locaux ou de réussites made in France prend un tour particulier. Une raison de plus pour jeter un œil à la gamme d’épargne de la MAIF, 100 % solidaire ! 


Les témoignages cités ont été recueillis sur le blog Coulisses de la MAIF (enquête en ligne - novembre 2016)