« Faire du maire le chef d’orchestre des différents acteurs du territoire »

Pour Julie de Pimodan, fondatrice et CEO de Fluicity, lemouvement civic tech est « inarrêtable ». Il faut donc vite créer les passerelles qui permettront aux maires et aux citoyens de s’engager dans cette voie.

Comment les civic tech se développent-elles en France par rapport à d’autres pays ?

Aux États-Unis, il y a une forte une impulsion des secteurs privé et public, qui ont une culture de l’efficacité et moins de complexes à travailler ensemble. Là-bas, pas mal de civic tech ont émergé pour être à la fois plus à l’écoute des citoyens et plus efficaces grâce au contrôle des data. En France, c’est plus compliqué. On est timidement en train de s’y mettre, de manière totalement désorganisée. Axelle Lemaire, l’ex-secrétaire d’État, avait très bien compris que le numérique allait être un catalyseur de participation citoyenne et elle a énormément contribué à structurer le secteur. Mais aujourd’hui, le gouvernement a dé-priorisé cette question. Heureusement, l’Europe est en train de s’y mettre, il y a un bon timing pour que ça émerge enfin pour de bon.

Comment convaincre les mairies d’embrasser ce mouvement ?

On en avait assez de devoir faire de l’évangélisation à chaque fois qu’on allait voir une nouvelle ville, donc on a développé un moyen pour le citoyen de rejoindre la plateforme et d’y inviter son maire, même si la mairie n’a pas encore de contrat avec Fluicity. On a eu autour de 6000 demandes l’an en 2017. Les maires se réveillent un peu. Pour eux, cela veut dire qu’ils ont accès à une plateforme sur laquelle leur ville est pré-cartographiée et que plusieurs citoyens leur proposent de rejoindre, ce qui est plus encourageant. Il faut réussir à les « prendre par le bas ». De toute manière, le mouvement existe et il est inarrêtable, donc c’est aux maires de décider s’ils prennent le train ou pas.

Comment voyez-vous évoluer le rôle du maire dans les années à venir ?

Les civic tech ne changent pas le rôle du maire mais sa manière de l’exécuter. Il peut faire la synthèse de ce qu’il entend sur le terrain, et réagir comme un chef d’orchestre des différents acteurs du territoire. Il y a aussi la question de l’efficacité : certes, il faut d’abord avoir la volonté politique d’être ouvert et à l’écoute, mais il faut aussi s’organiser pour traiter toutes les propositions qui remontent. Les civic tech contribuent à faire changer les processus opérationnels internes des mairies, de prendre en compte les idées des citoyens et de les concrétiser pour démontrer aux habitants que leur participation a servi à quelque chose. C’est une question de confiance : pour motiver, il faut montrer que les propositions ont un impact.