La navigation de plaisance est de moins en moins élitiste. De nombreuses possibilités existent pour faciliter l’accès à ce loisir hors du commun. Avec un peu de volonté, des complices et un minimum d’organisation, il devient possible d’embarquer pour des voyages d’une infinie variété.  

« Ici c’est la paix et le beau temps. Je suis dans une petite crique isolée du monde, parfaitement en règle avec mes rêves1. » En quelques mots, tout est dit. « La sensation commence au port, témoigne Jean-Claude, militant MAIF au Canet (66). J’enjambe le bastingage et ça y est, je suis ailleurs, déjà sur l’eau. On dit "larguer les amarres", et j’aime cette expression. On a quitté la terre. On est dans un autre monde. »
La France est un pays de mer. Plus d'un million de bateaux de plaisance y sont immatriculés. Le grand décollage s’est produit après-guerre, par la création d’écoles de voile ouvertes à tous. Les adolescents y tirent leurs premiers bords, embarqués sur des dériveurs bon marché. Le Vaurien, créé à la demande de l’école des Glénans, est l’archétype de ces voiliers-écoles : le premier exemplaire a été construit en contreplaqué pour le prix de deux bicyclettes2

80 % de bateaux à moteur

N’en déplaise aux « voileux », les embarcations à moteur représentent 80 % des immatriculations. Avant tout pour des questions pratiques : pas besoin de vent, un brin de soleil suffit pour partir en balade. Jean-Jacques, parolier de chansons, n’envisage plus de vacances sans son Zodiac. « Je l’ai acheté il y a trente ans avec mes premiers droits d’auteur. En une minute, j’ai fui la foule. Je coupe le moteur et me laisse divaguer en silence. C’est le bonheur. » 

Le bateau à moteur permet tous les usages. Entre la pêche, le pique-nique, le ski nautique et bouée tractée, il y a de quoi  contenter toute la famille ! Et il est très simple à utiliser, à la différence du voilier qui exige des compétences assez pointues. Le permis côtier, obligatoire au-delà de 6 kW de puissance, s’obtient facilement dès 16 ans. Un week-end suffit pour passer les épreuves si l’on a pris le temps de réviser la partie théorique. Jusqu’à cinq mètres, le stationnement peut facilement se faire à la maison. Une remorque3 suffit au transport et à la mise à l’eau. 

Ce type de bateau à moteur est aussi l’idéal pour explorer les eaux douces. Lacs, rivières, canaux : l’éventail est large et varié. Emmanuel se souvient de vacances passées sur la Charente, alors qu’il arrivait tout juste dans l’Ouest. « Nous nous sommes dit que c’était une façon originale de découvrir notre terre d’accueil. Et nous n’avons pas regretté ! » Le périple en pénichette s’est étalé sur dix jours, jusqu’à Cognac. Villages, marchés, ports ancestraux, vignobles, écluses, etc. « La surprise est tous les jours au rendez-vous, avec l’avantage d’une navigation lente. Aucun permis n’est exigé ! Et l’étroitesse de la voie d’eau permet de nouer de très rapides relations amicales. C’est vraiment un très bon souvenir, à classer cependant dans la catégorie des vacances chères. La location n’est pas donnée ! » 

peniche
 

Acheter un bateau : un effort financier

Dominique Salandre, rédacteur en chef de la revue spécialisée YouBoat, connaît les statistiques par cœur. « Le prix de l’essence est le frein principal à la navigation à moteur, bien que les moteurs soient aujourd'hui beaucoup moins voraces qu'ils n'ont été ! À vitesse maximum, une vedette de 200 CV engloutit de 40 à 60 litres d’essence à l’heure. 99 % des balades se font sur une demi-journée, avec 2 à 3 heures de navigation au maximum. Le bruit et les cahots, c'est vite fatigant. Il faut savoir s'arrêter et profiter ! »

Une navigation de proximité donc, qui suscite volontiers le dédain des « voileux ». Pour ces derniers, les héros de mer sont Joshua Slocum ou Bernard Moitessier, capables de tout larguer pour une course autour du monde à la seule force du vent. « Le grand voyage nous titille tous, mais très peu franchissent le pas », confesse Yves, 70 ans, propriétaire d’un voilier de 12 mètres amarré à La Rochelle. Il se contente de la navigation entre amis ou en famille, soignant ses manœuvres et tâchant d’être à l’heure aux étapes. En croisant les doigts pour que personne ne soit malade... Pêcheur professionnel à la retraite, l’acquisition de son bateau a constitué un vrai sacrifice financier. « Outre l’achat, il y a les frais de stationnement et l’entretien. La coque doit rester bien lisse, sans parler des voiles, de l’accastillage et des instruments de bord. Tout cela a un coût, et beaucoup de mes amis se serrent la ceinture pour continuer de naviguer à leur envie. » Sarah et Brann, deux jeunes navigateurs partis vivre un long rêve sur l’eau, tablent sur « 10 % du prix du bateau chaque année ». Un budget inscrit au prévisionnel de leur périple ! 

Des nouvelles pratiques de navigation

En 2008, les ventes de bateaux ont chuté drastiquement. De presque 70 % sur certains segments. « Les coupes au  sein des budgets familiaux ont été draconiennes », se souvient Alexandre Dauberville, directeur marketing du chantier Lagoon (groupe Bénéteau). La crise entraîne une vaste restructuration du secteur. Les techniques de vente évoluent, imitant celles de l’immobilier. La copropriété a le vent en poupe, comme les formules de gestion-location et les pratiques  collaboratives. « Au minimum, on limite les frais. Dans les meilleurs cas, on peut même gagner un peu d’argent », souligne Dominique Salandre.

Les acheteurs aussi ont changé, tout comme les bateaux. Témoin ce couple japonais, venu prendre livraison à La Rochelle d’un splendide catamaran de 45 pieds. Un engin de toute beauté ! « J’ai revendu ma clinique. Cela faisait trop longtemps que je travaillais 15 heures par jour, j’ai eu besoin de tout lâcher », témoigne le jeune retraité, formé sur le tard aux techniques de navigation. C’est le client moderne par excellence : pas forcément grand marin, à la différence des anciennes générations, mais fortuné. Capable d’acquérir les derniers équipements électroniques, qui facilitent énormément la prise en main des navires. Il suffit d’appuyer sur un bouton pour prendre un ris ! 

Des bateaux en partage

Les bateaux multicoque, et ce catamaran en particulier, sont nés de la compétition. « On recherchait les formes capables d’aller le plus vite possible, raconte Alexandre Dauberville. Pour finalement nous rendre compte que la plupart des propriétaires recherchaient plutôt le confort. On a innové avec ces vitrages verticaux, qui donnent un côté building à nos bateaux. On perd en aérodynamisme, mais on gagne en habitabilité. » Cuisine, salle de  bains, salon, chambre : tout y est, comme à la maison. 

Les sociétés de location ont été très vite intéressées par ce format. Un catamaran embarque davantage de passagers, ce qui diminue les coûts de location partagée. Et, cerise sur le gâteau, ces bateaux se louent partout dans le monde. Maurice, Seychelles, Antilles, Floride, Méditerranée : il suffit de payer pour embarquer. C’est le choix d’Éric, distributeur de presse à Paris. « J’ai la chance d’avoir un ami pilote de ligne, skipper de surcroît, capable de réunir facilement un équipage complet. Pour moins de 250 euros par personne, nous réalisons des croisières de 3 à 5 jours. C’est un sentiment de liberté et d’aventure assez unique, avec toujours des rencontres surprenantes. » Éric conseille d’embarquer deux skippers. « Nous avons eu un staphylocoque à bord, au beau milieu de nulle part ; nous aurions eu l’air fin si personne n’avait pu prendre les commandes ! »

En plongeant dans les bourses aux équipiers d’internet, on dégote des opportunités incroyables : Nicolas offre une croisière en eaux malaises contre un hébergement parisien de courte durée. Vincent propose une découverte de la mer Égée. « Attention, je n'embarque pas n'importe qui précise le propriétaire-skipper. Je sélectionne mes équipiers avec soin, en essayant de cerner leurs motivations et leur aptitude à la vie en commun, en mettant en garde les débutants. La croisière peut être dure, la Méditerranée n'est pas toujours de tout repos. Je ne gagne pas d'argent dans l'opération, on est dans le partage des frais de bord. » 

Sur le Web, on dégotte aussi des propositions uniques, comme cette remontée de l’Amazone au départ du Cap Vert et retour par les Açores : près de 9 000 milles de navigation au total !

Le nouveau service de navigation accompagnée, créé par la MAIF, promet aussi de belles pormenades. Si vous êtes motivé et convivial, vous aussi pourrez naviguer sans vous ruiner. 



1. Jacques Brel, le 11 février 1975 lors d’une escale en Martinique.
2. La Rochelle, un port, une histoire, de Marie Dussier ; édition Le Croît Vif - 2011.
3. Le contrat auto Vam de la MAIF permet de tracter une remorque jusqu’à 750 kg de PTAC : la responsabilité civile de l’attelage est couverte. Au-delà de 750 kg, une assurance spécifique est requise. 

 

© Valentine Vermeil/Picturetank, Jeromine Derigny/Picturetank, Gaëtan Heuzé/MAIF