Les 20-35 ans déboulent dans la vie active en ordre dispersé ! Pour certains, tout se passe pour le mieux, avec travail stable et logement indépendant. D’autres cherchent encore leur place dans une société en pleine mutation.

 

Plutôt que le repli sur soi, Astrid, Léo, Soraya, Thibaut et Élise ont choisi la vie en commun. Ils ont entre 23 et 38 ans et forment le noyau dur d’une colocation strasbourgeoise qui a vu 35 personnes défiler depuis sa création, en 2012. Chacun a sa chambre, les autres espaces sont communs. Y compris l’unique salle de bains !
Une vision très décalée du confort, emblématique d’une génération prête à tout partager, pour peu que la convivialité soit au rendez-vous. « Ce n’est pas une colocation, plutôt de l’habitat collaboratif orienté vers le long terme, énonce Léo. Cela nous permet d’être bien logés à un prix raisonnable. Et, surtout, de ne pas consommer à outrance. Nous dépensons moins, et quand nous dépensons, nous dépensons mieux. Pour l’achat d’un outil ou d’une machine, chacun cotise. De la sorte, nous n’achetons que du bon matériel, solide et durable. » Pour l’avenir, le projet de Léo est également collaboratif. « Je voudrais ouvrir un atelier associatif autour des métiers du bois. Chaque adhérent pourra s’y former et fabriquer ses propres objets. »

À cheval entre deux époques

Le trait le plus marquant de la génération Y est d’être née à cheval entre deux époques. Baignés depuis l’enfance dans le numérique et internet, ses membres se reconnaissent mal dans les structures verticales et hiérarchisées, héritées du « monde ancien ». À leurs yeux, le monde est horizontal : comme sur le Web, chacun peut et doit s’exprimer. Leur arrivée dans le monde de l’entreprise n’est pas passée inaperçue. 

L'entraide se développe désormais au-delà de la famille et du voisinage immédiat.

Au point que les stages « Communiquer avec la génération Y » ou « Manager la génération Y » ont fait florès. Ces formations s’adressent aux plus âgés, pas du tout habitués à voir leur autorité ou leurs habitudes remises en question ! « Les entreprises s’adaptent à ce nouvel état d’esprit. C’est une nécessité vitale pour attirer les jeunes talents », explique Olivier Ruthardt, directeur des Richesses humaines de la MAIF, qui emploie 1  600 personnes de moins de 35 ans. « Nous avons modifié nos pratiques, instauré le management par la confiance, ouvert un réseau social d’entreprise… Nous avons par ailleurs recruté 328 jeunes en contrats de génération. De plus, nous avons fait le choix de former le maximum de jeunes en alternance. Ils sont 494 cette année ! » En échange de cette mutation, les entreprises gagnent en agilité. Toujours sous l’effet de cette génération, qui ne supporte pas les usines à gaz : une application doit être fluide, délivrer le service attendu avec un minimum de contraintes. Le design de services devient une discipline à part entière. Le passage récent du site MAIF au format « responsive », adaptable à toutes les tailles d’écran, répond à cette nécessité de consulter internet où que l’on soit, y compris à l’arrêt de bus.

L’ouverture sur le monde

Ils sont nés dans une Europe sans frontières, et les produits made in China font partie de leur quotidien. Ils ont vécu en direct la désindustrialisation et son cortège de délocalisations. Le plein emploi, ils ne l’ont jamais connu. « Depuis la 3e, on nous répète que ce sera difficile et que nous devons nous préparer à changer de métier plusieurs fois dans nos vies », témoigne Paul, 24 ans. Dès l’obtention de son diplôme de développeur, il a filé à Londres pour se constituer une première expérience. Aujourd’hui installé en Australie, il n’est pas pressé de revenir au pays. L’ouverture à l’international, en lien avec un système économique qui tend à devenir planétaire, est intégrée à la plupart des cursus post-bac. Les employeurs préférés des jeunes générations sont eux-mêmes des groupes multinationaux, qui recrutent au niveau mondial. Mais avec le nombre de candidats sur toute la planète, difficile de s’y faire une place !

Des parents aidants

Le revers de la mondialisation c’est, bien sûr, que tout le monde n’en profite pas de manière égale. Vingt-cinq pour cent de la génération Y n’ont pas encore trouvé de travail, errent de stage en contrat court… Le délai d’obtention d’un emploi stable ne cesse de s’allonger. Faute d’insertion réussie, en 2014, 815 000 jeunes1 ont dû retourner vivre au domicile parental après la fin de leurs études. C’est le cas de Joël, à Lille. Son master industriel, obtenu il y a deux ans, n’a rien donné. « Mes parents sont compréhensifs et acceptent de m’héberger à nouveau. Pour ma part, je suis amer, comme le sont tous mes amis qui vivent la même situation. » Nous avons interrogé la communauté des sociétaires MAIF à ce sujet2. Il ressort de cette enquête en ligne qu’un grand nombre d’enfants de sociétaires vivent une autonomie toute relative. Leur budget continue de reposer en partie sur l’aide familiale : selon leurs moyens, parents et grands-parents offrent voiture, permis de conduire, petits plats, dons en numéraire, acquittent les factures d’assurance ou de téléphone… Une générosité durable, indispensable. Thierry, papa de deux jeunes en insertion professionnelle, estime que « c’est cette aide qui leur permet de croire encore en leur avenir dans les moments de doute. Ils sont très rassurés par notre présence. »


  1. Source : Fondation Abbé Pierre, 2015.
  2. Questionnaire en ligne sur le blog Coulisses MAIF.

© Cécilia Garroni Parisy/MAIF, Denis Carrier/MAIF