« Prouver que notre modèle d’occupation est pérenne »

Aurore Bimont, directrice de l’incubateur d’innovations démocratiques Système D, et Lucie Anizon, de l’Institut
de la concertation et de la participation citoyenne, nous racontent les modalités de l’occupation temporaire de
la Halle Civique de Belleville, inaugurée en mars 2018 à Paris.


Quelle est l’origine de la Halle Civique de Belleville ?
Aurore Bimont : Les Halles Civiques est une association qui regroupe deux lieux : la Halle Belleville et la Halle Superpublic. Ces deux entités souhaitaient mutualiser leurs savoir-faire et leurs moyens. Cette volonté a rencontré la volonté politique d’Anne Hidalgo d’ouvrir un lieu consacré aux innovations civiques.
En France, il me semble que c’est le premier lieu dédié à l’innovation civique, publique et citoyenne.
Lucie Anizon : Notre convention d’occupation à la Maison de
l’air se termine a priori en décembre 2018. Nous espérons prouver que le modèle d’occupation proposé est pérenne.

Quelle gouvernance avez-vous mise en place pour cette occupation ?
L. A. : Le collectif rassemble 17 structures. Il y a des chercheurs,
des start-up, des entreprises, des associations, des citoyens. Nous avons un conseil d’administration, mais surtout des groupes de travail d’où partent les décisions.
A. B. : Aujourd’hui, le nom de tiers-lieu est un peu dévoyé, alors qu’au départ il y a une idée de collaboration entre les résidents. Ce n’est pas un hôtel ! Chacun s’investit dans le projet collectif. Par ailleurs, la Halle Belleville appartient à un réseau qu’on veut continuer à développer ailleurs en France.

Comment s’assurer que les espaces vacants sont réhabilités pour le bénéfice des citoyens ?
L. A. : Encourager l’occupation de ces lieux est un travail de tous
les jours. Par définition, on est à la merci de la personne qui les met à disposition. Mais les institutions doivent aussi savoir laisser une marge de manoeuvre, faire confiance.
A. B. : Il faut d’abord qu’un tissu local le souhaite, puis pousser auprès des élus pour que ces espaces vacants soient mis au service de projets d’intérêt général. Ceux-ci doivent avoir un modèle économique viable pour pouvoir être indépendants. Enfin, pour que la reprise d’une friche soit un succès, il ne faut pas oublier son histoire. Par exemple, c’est à Belleville que sont tombées les dernières barricades de la Commune : c’est un lieu important pour la démocratie.