Le sport pour tous, c’est désormais une réalité. Deux Français sur trois* pratiquent au moins une activité physique hebdomadaire. Avec des bénéfices individuels et des effets positifs pour l’ensemble de la société.

Quels beaux souvenirs vous a laissés l’été ? Le joli parcours des Bleus à l’Euro 2016 ? La beauté du Chassezac lors d’une randonnée ardéchoise sur le GR4 ? Les images sublimes des JO de Rio ? Ou votre propre ascension du Tourmalet ?

C’est un fait : le sport est dans nos esprits et dans nos muscles. Et nous partageons volontiers nos performances sur les réseaux sociaux, grâce à ces objets connectés à nos pulsations vitales… Mais il a fallu quelques étapes pour en arriver là. Au XIXe siècle, le sport était un privilège aristocratique, partagé par la bourgeoisie montante qui accédait à des disciplines coûteuses. Le peuple, quant à lui, se contentait de la gymnastique scolaire, obligatoire depuis la loi Falloux de 1850. Elle imposait alors l’ordre collectif et l’hygiène sociale, uniformisait les corps, les préparait au combat…

Mon corps, c'est capital !

Dans ce contexte, des héros sportifs vont bousculer l’ordre établi, glorifiés par la presse populaire de l’entre-deux-guerres. Mais la vraie démocratisation débute dans les années 1960. Les enseignants et les mouvements de jeunesse sensibilisent la jeune génération à la diversité des pratiques sportives. La MAIF accompagne cette évolution en structurant son offre pour les associations, clubs ou fédérations à partir de 1965. Le nombre de licences sportives décolle, même si les pratiquants adultes sont encore rares : le profil type du sportif est alors un homme diplômé, plutôt un jeune cadre citadin. Aujourd’hui, c’est vraiment tout le monde, ou presque.

Nous vivons dans l’idée que nous sommes en capacité de produire notre corps.

Selon le sociologue Pascal Duret, le développement du salariat des femmes a favorisé leur accès au sport : « La sortie du foyer, qui a souvent été de l’ordre du rêve pour nos grands-mères et qui représentait un exploit pour nos mères, s’est largement banalisée1. » Non seulement les femmes ont trouvé leur place dans les clubs, mais les licenciées sont désormais majoritaires dans certaines disciplines : gymnastique, équitation, natation, randonnée… La démocratisation du sport repose aussi sur sa médiatisation. « C’est un formidable spectacle, qui théâtralise la dynamique de  l’amélioration de l’humain, constate la philosophe Isabelle Queval2. Nous vivons désormais dans l’idée que nous sommes en capacité de produire notre corps, d’être les auteurs de nous-mêmes. On parle maintenant de “capital corps” : jamais nous n’avons vécu aussi vieux et jamais nous n’avons eu autant les moyens de nous entretenir, de nous soigner et de nous réparer… »

Les jambes et la tête

L’omniprésence du sport nous semble naturelle aujourd’hui. Personne n’est surpris quand, aux journaux télévisés, les résultats de football sont évoqués plus longuement qu’une famine en Afrique. Quant aux vêtements sportswear, ils brouillent les codes vestimentaires, à l’image du sweat à capuche de Mark Zuckerberg, le patron de Facebook. Pour atteindre cette ère du sport pour tous, il a fallu un engouement populaire énorme afin d’obtenir les équipements nécessaires. Savez-vous qu’en 1958, cinquante- deux départements ne possédaient pas une seule piscine couverte ? Au début des années 1980, le jogging devient un mode de vie, voire un besoin vital dans une France qui s’installe dans la crise : « Une activité physique peut réduire l’anxiété, explique le docteur Charles-Yannick Guezennec, médecin  du  sport  au  centre hospitalier de Perpignan. Les bienfaits du sport ne se limitent pas à des effets mécaniques, comme le renforcement musculaire ou l’entretien du système cardio-vasculaire. L’activité physique provoque aussi des modifications biochimiques, influant notamment sur le cerveau. C’est pourquoi on ressent cette sensation de bien-être ; et cette action peut être très positive sur les états dépressifs, les névroses. En revanche, cet effet antidépresseur du sport est moins perceptible chez l’adolescent, comme si ces mécanismes positifs de régulation ne pouvaient agir durant la période de bouleversement biochimique qu’il traverse naturellement… »

Du sport pour vivre ensemble

Se faire du bien, œuvrer pour sa santé, sculpter son corps, soigner son apparence. Ce sont des préoccupations contemporaines, mais le sport n’est pas qu’un plaisir individualiste. Son rôle social est immense, en contribuant à la socialisation des enfants ou en créant des liens intergénérationnels dans les clubs.

« Nous sommes persuadés que le  sport, c’est le meilleur levier pour former des citoyens, garçons et filles à égalité, bien dans leur tête et dans leur corps, engagés et actifs dans la cité », affirme Julian Jappert, directeur de Sport et Citoyenneté. Des préoccupations bien présentes dans le projet Jeunes officiels de l’UNSS, soutenu par la MAIF. Et dans le domaine du handicap, le sport réalise des miracles bouleversants et bouscule les préjugés. « Les personnes valides ont souvent une vision compassionnelle du handicap, très  loin de notre réalité, note Ismaël Guilliorit, champion handisurf  et  fondateur  de  l’association Vagdespoir.  Elles  hésitent  à nous côtoyer, par ignorance, et surtout par peur d’être maladroites. Aussi, c’est important de créer des passerelles entre nos deux mondes, en brisant des barrières avec légèreté. À Vagdespoir, les différences existent entre valides et “zandis”, mais le sport et les grands espaces nous réunissent ! »


* Source : Chiffres-clés 2014 du ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports.

1. Sociologie du sport, de Pascal Duret. Presses universitaires de France, collection « Que sais-je ? ».

2. Isabelle Queval a notamment publié Le Corps aujourd’hui. Folio Essais.