S’engager en faveur d’une société collaborative, pour la MAIF,  c’est aussi se préoccuper des travailleurs indépendants qui en sont un maillon essentiel. Dans l’esprit free-lance, ils explorent de nouvelles voies. 

Demain, que deviendra le salariat ? La question commence à se poser. Certains lui prédisent une mort annoncée, notamment quand la robotisation et l’intelligence artificielle supprimeront plus d’emplois qu’ils n’en créeront. D’autres l’imaginent résister encore longtemps, comme un retour de balancier après un trop-plein d’ubérisation… Mais tous ces scénarios s’accordent sur un point : le nombre de travailleurs indépendants va continuer de croître en France, comme il le fait depuis 2003. Cette croissance repose notamment sur le développement des plateformes (Uber, Deliveroo, etc.), qui favorisent des emplois faiblement qualifiés. Mais cette vague de fond concerne aussi des experts, des consultants, des développeurs informatique et autres professions à fort capital culturel. Bref, des free-lances.

Anticiper les changements

Pour ces derniers, c’est vraiment un choix réfléchi. « Si j’ai envie de m’ancrer dans l’indépendance aujourd’hui, c’est dans l’objectif de créer mon propre métier, explique Mathieu Strabach, UXdesigner1 en agence. À l’heure où les métiers du numérique évoluent en permanence, je désire prendre les devants et ne pas attendre que le secteur m’offre mon opportunité. Je souhaite la créer, en me plaçant notamment sur le secteur de la médiation créative. À terme, je rêve de créer une entreprise sociale et solidaire qui aiderait les jeunes à s’insérer par la création numérique. »

 

Je supporte assez mal lesalariat.

 

UX designer, expert en transition digitale, data scientist2… Les free-lances sont souvent les acteurs de ces nouveaux métiers qu’ils contribuent à inventer, grâce à de fortes potentialités créatives qui peinent parfois à s’exprimer dans le cadre salarial. Ils sont dans le mouvement, l’innovation perpétuelle, et l’idée de faire carrière dans une seule entreprise ne les fait plus rêver, surtout avec ses contraintes de subordination. Ingénieure dans l’informatique, la blogueuse Emma décrit très bien le cadre déceptif du CDI : « Au boulot, je supporte assez mal le salariat. On décide pour moi de choses que je n’ai pas envie de faire pour des raisons éthiques, on décide de l’heure à laquelle je dois arriver, de la tenue que je dois porter… »

 

La solidarité des indépendants

Mais franchir le pas de l’indépendance demande aussi des qualités humaines solides. « Travailler en free-lance, c’est avant tout une histoire de tempérament, souligne Nicolas Tregan, animateur du mooc Devenir free-lance. Cette forme de travail peut être autant libératrice que source d’inquiétudes. Travailler à son compte, c’est faire face à de nombreuses incertitudes, notamment financières. Surtout au début ! » Pour mieux affronter ces difficultés, ils jouent la carte communautaire et collaborative. L’indépendance, oui, mais pas l’isolement. « Libres ensemble », pour reprendre la devise de Mutinerie, cet espace de coworking3 parisien. Un lieu d’échange, de formation, d’expérimentation. En quelque sorte, la pédagogie Freinet appliquée à la création d’entreprise !

« Pour moi, un bon espace de coworking, c’est quand il y a un vrai échange entre les gens qui l’occupent, quand ça devient une sorte d’écosystème. Ce n’est pas juste un bureau et une ligne internet ! », explique Alix Debussche, entrepreneur culturel. En complément de ces espaces physiques de travail, internet développe les liens collaboratifs entre indépendants : Wemind offre des protections, Needelp donne accès à des jobs, Malt organise la mise en relation, Goodjobcharlie permet d’arrondir des fins de mois difficiles. Sans oublier le blog Amédée, soutenu par la MAIF, précieuse source d’information.

 

La piste d'une troisième voie

Le mouvement free-lance a aussi un impact sur les aspects statutaires de l’indépendance. Même si beaucoup y ont recours, ils savent que le statut d’auto-entrepreneur n’est pas le meilleur. D’autres explorent une troisième voie, celle qui donnerait aux indépendants la protection des salariés. Le recours au portage salarial est une solution. Des pionniers ont aussi créé des coopératives d’entrepreneurs : « Au départ, nous faisions un usage détourné du droit du travail, en cassant la relation de subordination pour reconnaître un statut d’entrepreneur à des salariés, explique Stéphane Ridel, directeur général de la coopérative Oxalis (plus de 250 créateurs d’activité en France). C’était avant la loi Hamon, qui nous a donné une reconnaissance légale. Désormais, les coopératives d’entrepreneurs sont un moyen pour apporter du lien et de la protection… »

La voix de ces nouveaux « patrons » a aussi bousculé des certitudes chez les décideurs politiques. La fin programmée du RSI – le régime social des indépendants – en témoigne, tout comme le projet d’étendre à tous le droit au chômage ou la réforme du statut d’auto-entrepreneur. Mais il est frappant de voir comment leur esprit se diffuse aussi dans les entreprises, en suscitant des initiatives pour réenchanter le salariat. La MAIF n’est pas en reste, en favorisant l’immersion de ses salariés dans des start-up partenaires. Ou en signant un accord sur la qualité de vie au travail. Dans une tribune libre publiée l’été dernier4, Pascal Demurger, directeur général de la MAIF, affirmait la nécessité d’une nouvelle façon d’entreprendre : « Les salariés attendent d’être considérés comme des adultes responsables, même une fois franchie la porte de l’entreprise. Privilégier des relations reposant sur la confiance et susciter l’envie plutôt qu’imposer la contrainte nourrissent l’épanouissement des salariés, ainsi que leur engagement sincère et efficace. »

 

1. Spécialiste de l'optimisation de l'expérience utilisateur (UX) d'un service. 
2. Spécialiste des données numériques.
3. Travail dans un espace commun.
4. Les Échos, 28 juillet 2017.

© Reportage photo : Sylvain Gripoix/MAIF ; Benjamin Boccas
Illustrations : Gaëtan Heuzé.