L'analyse

Le statut d’auto-entrepreneur a dix ans. Quel est son bilan ?

Bien sûr, il a répondu aux attentes d’entrepreneurs, mais mon enquête a aussi montré qu’il était largement au service des employeurs. Dans le public comme dans le privé, l’auto-entrepreunariat a été utilisé comme moyen d’embauche facile. Non seulement il y a eu un effet d’aubaine pour ces employeurs, mais parallèlement de nouvelles entreprises ont été créées, comme les plateformes Uber et autres, dont le business model repose sur le recours au statut d’auto-entrepreneur pour externaliser une partie de leurs salariés !

Vous avez pourtant rencontré des auto-entrepreneurs heureux…

Heureux, c’est un peu fort ! J’ai rencontré des gens que ce statut a dépannés, pour débloquer une situation compliquée. Ils ont trouvé ce statut pratique. Il y a aussi cette phrase, « je m’organise comme je veux », que j’ai retrouvée dans la moitié des entretiens. Cette impression de liberté d’horaires, pour eux, c’est une vraie amélioration.

Mais est-ce une vraie liberté ?

Quand les auto-entrepreneurs sont soumis à un seul client, qui fixe les horaires, les tarifs et les prestations, leur liberté est proche de la subordination des salariés ! Avec une protection sociale moindre… Mais il faut entendre ce besoin très fort d’autonomie dans la gestion du temps de travail. Pour redonner de l’attrait au salariat, ne pourrait-on pas prendre cette demande en compte ?

Moi, petite entreprise. Les auto-entrepreneurs, de l’utopie à la réalité, PUF 2017.

Sarah abdelnour,

auteure d’une thèse de sociologie sur le régime de l’auto-entrepreneur, maîtresse de conférences à Paris Dauphine

« L’autonomie des auto-entrepreneurs est très relative ! »