Sous forme d’emballages, de bouteilles, de pailles, de sacs ou de bidons, les déchets plastiques envahissent les océans. Comment s’en débarrasser et retrouver une mer propre? Aux quatre coins du monde, des citoyens se mobilisent.

Ils stagnent au ras de l’eau, douze mètres de long sur trois mètres de large. “Un coup on passe au-dessus, un coup on passe en dessous…” soupire Yvan Bourgnon, navigateur franco-suisse habitué à heurter ces larges containers. Il y a quelques années, durant son tour du monde en catamaran de sport, cet aventurier quadragénaire a pu constater de ses yeux combien l’océan Indien, notamment, était pollué par ces déchets géants. Et peut-être pire encore, par les tonnes de plastique qui flottent à la surface des mers. “Quand je suis rentré, je me suis demandé ce que l’on pourrait faire, poursuit le skipper. Par exemple, pourrait-on aller récupérer une partie de ces déchets en mer ?

De ce constat est née l’idée du Manta. “Soixante-dix mètres de long, 49 de large, 62 de hauteur, 3 000 mètres carrés de surface de voile, 36 membres d’équipage. Et des campagnes qui vont durer de deux à quatre semaines pour ramasser environ 600 mètres cube de plastique”, énumère Yvan Bourgnon à propos de ce catamaran géant dont la mission consiste à nettoyer les mers. Pour l’heure, le Manta, projet monté avec l’association The Sea Cleaners, n’est pas sur l’eau. La mise à flot est prévue pour 2022. Mais ses missions sont déjà parfaitement délimitées. Yvan Bourgnon : “On ne va pas aller au milieu des océans, dans le ‘septième continent’, là où les plastiques sont dégradés. On va vraiment aller à la source, là où ils sont concentrés, jetés à la mer depuis seulement quelques semaines ou quelques mois.” De fait, le colossal navire fonctionnera comme une usine dépolluante mobile : entre ses coques, des tapis roulants feront remonter les déchets à l’intérieur du bateau. Puis, ceux-ci se verront compactés en packs d’un mètre cube avant d’être recyclés à terre. Pour les déchets détériorés, une autre solution est prévue. “Ceux-là, on les utilise directement à bord dans des fours transformant le plastique dans sa matière initiale, c’est-à-dire le pétrole, le gasoil. On re-fabrique du carburant, dont on a de toute façon besoin à bord. On est dans un cercle vertueux qui nous permet d’aller chercher une autonomie énergétique.

Drones et briques de plastique

Yvan Bourgnon n’est pas seul. Comme lui, de nombreux hommes et femmes se mobilisent contre la pollution aquatique. Un sujet de plus en plus préoccupant, quand on sait qu’environ huit millions de tonnes de plastique se retrouvent chaque année dans les océans, causant selon l’Unesco la mort de plus d’un million d’oiseaux et de plus de 100 000 mammifères marins. D’après les projections de la Fondation Ellen MacArthur, les mers du globe devraient même abriter en 2050 davantage de plastique que de poissons. Alors, que faire ? Chacun, à son niveau, échafaude des solutions. Le Néo-Zélandais Peter Lewis a eu l’idée de lancer une machine transformant les déchets en briques de construction. Même principe chez les surfeurs philippins du mouvement The Plastic Solution, qui remplissent des bouteilles de déchets risquant de finir dans les océans pour les empiler et bâtir des murs. Au Royaume-Uni, un dénommé Peter Kohler a quant à lui lancé une start-up, baptisée The Plastic Tide. Son idée consiste à établir une surveillance précise des déchets marins, grâce à une flotte de drones équipés de caméras. Car tous l’affirment : la communication et l’information du grand public demeurent des enjeux cruciaux. Ainsi, Yvan Bourgnon veut interpeller les populations d’Afrique, d’Amérique du Sud ou d’Asie du Sud-Est qu’il croise sur les risques de la pollution marine. “C’est cela, insiste-t-il, le problème de la mer : on est seulement un pour mille à aller sur les océans. Il y a très peu de gens qui peuvent constater cette pollution. C’est donc à nous de prendre en main ce problème.” 


Grégoire Belhoste

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